Les freins psychologiques à la cession d’entreprise

Une étude de 2015 relatait que malgré le nombre important de sociétés devant changer de main, le marché de la transmission peinait à décoller. La retraite ne motive plus une cession d’entreprise. À rebours de la logique démographique, on constate que les seniors âgés de plus 60 ans ne tirent pas les transactions de cessions-transmissions à la hausse.

Qu’est-ce qui empêche ces seniors de passer la main ? Certes, il y a des raisons fiscales et juridiques objectives que la loi de finances 2019 a tenté de minorer. Cependant, quand on y regarde de plus près, on s’aperçoit que bien des freins sont d’ordre psychologique. 

Les profils des cédants ont évolué

Les profils des cédants d’entreprise ont aujourd’hui changé. Selon toutes les études, deux se dégagent distinctement :

  • les dirigeants âgés de 37 à 57 ans, serial-repreneurs, plutôt urbains, privilégiant les PME/ETI avec des niveaux de rentabilité couvrant leurs besoins financiers ;
  • les dirigeants de plus de 60 ans, à la tête de TPE parfois situées dans des territoires éloignés des métropoles urbaines.

Si, pour les premiers, une cession d’entreprise est envisagée avec beaucoup de pragmatisme et sans drame psychologique fort, il n’en est pas de même pour les seconds.

Les seniors de plus de 60 ans face à la cession d’entreprise

Les seniors âgés de plus de 60 ans avancent très souvent la crise et la décote possible de leur société, ainsi que le manque de repreneurs, afin d’expliquer le fait qu’ils prennent leur temps pour céder. Or, la première vraie raison est : que ferai-je après m’être tant investi dans mon entreprise ?

C’est donc une question d’ordre psychologique qui constitue le premier vrai frein à la cession d’entreprise, car elle soulève de nombreuses autres interrogations.

Se trouver une place dans la société et à la maison

Après avoir dirigé durant de très nombreuses années une structure, un dirigeant s’est habitué à jouer un rôle social affirmé tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses murs, notamment au niveau local (réseau professionnel, Chambre de commerce, élus…). Envisager de céder son entreprise, c’est donc penser à tourner une page que l’on connaît par cœur pour en écrire une autre, qui peut sembler inquiétante, ou ne rien écrire du tout. En effet, à l’inconnu s’impose une multitude de questions auxquelles il faudra bien répondre un jour :

  • Une de mes passions peut-elle couvrir tout mon temps libre ?
  • Comment va s’organiser la vie à la maison ?
  • Quels nouveaux rapports vont s’instaurer avec ma conjointe ou mon conjoint ?
  • Garderai-je des liens avec mon réseau professionnel ?
  • Etc.

Le devenir de l’entreprise

L’attachement porté par certains dirigeants à leur société est si fort qu’il peut être comparé à un lien « amoureux ». Briser ce lien peut être déchirant. Cela est d’autant plus vrai qu’ils se préoccupent énormément de l’avenir de l’entreprise qu’ils ont créée, reprise à leurs parents ou achetée très jeune. Ils ont donc besoin d’avoir toute confiance en leur successeur pour franchir le cap de la cession d’entreprise.

Un train de vie à préserver

Quand on pense à une cession d’entreprise, on envisage forcément les impacts financiers d’une telle décision. L’essentiel n’est pas de regarder ce que l’on va perdre, mais de combien on a besoin comme revenus pour gérer sereinement sa nouvelle vie. Et quoique l’on en pense, ce n’est pas si facile à estimer seul.

Pour conclure, envisager une cession d’entreprise pour certains profils seniors soulève de nombreuses interrogations qui peuvent effrayer, mais auxquelles il est tout à fait possible de répondre en se posant les bonnes questions et en étant bien accompagné, notamment par des experts et d’anciens chefs d’entreprise.