Les idées reçues sur la levée de fonds

En mars 2019, les startups françaises ont levé près de 364 millions d’euros, dont 150 millions pour Doctolib, soit deux fois plus qu’en mars 2018. Ces succès et ces chiffres impressionnants laissent penser que le record de l’an passé — 3,2 milliards d’euros levés en 2018 — sera largement dépassé permettant aux fausses idées reçues sur la levée de fonds de prospérer. En effet, s’il est vrai que de belles success-stories ont pu naître par l’apport conséquent de capitaux, il y a beaucoup d’appelés pour peu d’élus. Tour d’horizon des idées les plus répandues sur ce Graal incertain.

1. Une idée suffit à lever des fonds

Beaucoup s’imaginent qu’il suffit d’avoir une bonne idée pour lever des fonds. Or, une idée n’est rien tant qu’elle n’est pas concrétisée. En effet, seule l’exécution compte pour les investisseurs qui, de manière générale, n’entrent dans le capital d’une entreprise que si elle est à même de prouver l’originalité, la pertinence et l’attractivité de son concept, notamment au moyen de chiffres en croissance, comme le CA, le nombre de clients ou de visiteurs sur un site Internet… Ce n’est qu’à cette condition que les investisseurs envisagent ou non de participer à une levée de fonds.

2. Toutes les entreprises peuvent lever des fonds

En réalité, les études montrent que moins de 5 % des startup parviennent à réaliser une levée de fonds : les cas Doctolib sont très rares. Cela signifie-t-il qu’il faut abandonner son projet ? Clairement non, d’autant que d’autres solutions de financement existent. Par ailleurs, tous les modèles économiques et les plans de développement n’exigent pas nécessairement l’apport de fonds extérieurs.

Une levée doit être envisagée pour les bonnes raisons, comme aider l’entreprise à passer un cap dans son développement afin qu’elle puisse partir sereinement à la conquête de nouveaux marchés.

3. La levée de fonds est un passage obligé pour entreprendre

Selon l’Insee, les créations d’entreprises en France ont atteint un nouveau record en 2018 : « 691 000 entreprises ont été créées en France, soit 17 % de plus qu’en 2017 ». Dans ce contexte, les créations de sociétés ont augmenté de 2 %, les EI et les micro-entreprises ayant enregistré les plus fortes hausses : +20 % pour les premières, +28 % pour les secondes. Ces chiffres confirment que l’on peut entreprendre sans levée de fonds. Au reste, beaucoup de dirigeants d’entreprise préfèrent ne pas en réaliser pour garder le plein contrôle de leur entité.

4. Lever des fonds est simple et rapide

Une levée de fonds facile n’existe pas, particulièrement si la levée porte sur des montants qui se situent entre 100 et 400 K euros. Une telle somme exige plusieurs investisseurs autour de la table. Cela nécessite donc un réseau important et du temps. À ce sujet, les différents retours d’expérience indiquent clairement que la durée moyenne d’une levée se situe entre neuf mois à un an. Si l’entreprise est déjà créée, il est donc essentiel de provisionner la trésorerie nécessaire à son fonctionnement jusqu’au déblocage des fonds.

5. Une bonne valorisation exige une levée de fonds importante

S’il est plus glorifiant de procéder à une levée de fonds de plusieurs millions, il est essentiel que celle-ci soit calibrée en fonction du plan de développement et du stade de maturité de l’entreprise. Ainsi, une jeune pousse doit viser à couvrir ses besoins financiers sur les 18 à 24 mois premiers mois afin de montrer des signes forts de traction (clients intéressants, CA et un pipe commercial encourageant) et une équipe de base solide. Une deuxième levée plus importante pourra alors être envisagée, sachant que la part des investisseurs dans un capital est toujours proportionnelle au contrôle qu’ils ont sur une entité.

Pour ce qui est de la valorisation, mieux vaut qu’elle soit basse puis corrigée en fonction de l’atteinte des objectifs business afin de ne pas bloquer les futures levées de fonds et éviter les risques de relution des investisseurs, c’est-à-dire la correction de la valeur initiale d’entrée au capital entrainant, de fait, une diminution de la valorisation.

6. La réussite est assurée avec une levée de fonds

Une levée de fonds ne garantit aucunement un modèle de développement rentable. La chute en 2015 de HomeJoy, qui avait levé 38 millions de dollars, le confirme. Lever des fonds est juste une première étape pour développer une entreprise saine, rentable et devant atteindre les objectifs de croissance vendus aux investisseurs. À ce titre, il est important de ne pas survendre son projet au risque de perdre la confiance des investisseurs.

7. Une levée de fonds implique des tensions

Si dès le premier tour de table, le porteur de projet est transparent et n’enjolive pas les chiffres, il n’y a pas de raison que la levée de fonds implique des tensions. Toute la réussite de ce type d’opérations dépend de l’alignement des objectifs entre investisseurs et dirigeants dans un partenariat Win Win. Quelle que soit sa place dans la relation, l’objectif final est la réussite de l’entreprise et sa rentabilité.

Pour conclure, il est temps de s’éloigner du fantasme de la levée de fonds. Si c’est un levier indéniable de développement, elle impacte fortement une entreprise, notamment son contrôle en cas de non atteinte des objectifs. De plus, elle ne se décide pas d’un claquement de doigts et exige une bonne connaissance de l'environnement ou de s'appuyer sur un outil comme Equiteasy .