Papy-boom : toujours plus de transmission d’entreprises ?

Au regard de l’étude PRECEPTA de 2015, intitulée La cession-transmission d’entreprises, un marché à deux vitesses, « plus de 50 000 sociétés de plus de 10 salariés devraient changer de mains, selon les estimations, dont environ la moitié serait des entreprises de 20 à 4 999 salariés ». Problème, soulignent l’étude ainsi que d’autres, le marché peine à décoller malgré son fort potentiel. Qu’est-ce qui explique que le papy-boom n’influe pas plus sur la transmission d’entreprise ? Quels sont les risques si cette situation persiste ? Décryptage d’un marché de cessions-transmissions des PME très complexe en France.

Qu’est-ce que le papy-boom au juste ?

Le papy-boom actuel est la résultante de l’extraordinaire fécondité dans les pays développés au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Celle-ci dura jusque dans le milieu des années 1960, voire le début des années 1970, comme en France où le baby-boom coïncide avec les « Trente glorieuses », dont la forte croissance économique a permis l’élévation du niveau de vie des Français. Elle prend fin avec le premier choc pétrolier de l’histoire en 1973. Aujourd’hui, les enfants du baby-boom entraînent l’élévation de la part des personnes âgées dans la population et le monde entrepreneurial où Equiteasy joue son rôle d’interface créatrice de valeur.

L’impact du papy-boom sur le monde entrepreneurial

Outre l’effet démographique, le papy-boom touche aussi le monde entrepreneurial. Mais, contrairement à ce que l’on pourrait penser, et aussi surprenant soit-il, les baby-boomers ne dopent pas le marché des cessions, comme le met en lumière la thèse État des lieux et perspectives du marché des cessions-transmissions de PME en France de Victor-Emmanuel Minot, associé du groupe Synercom France. Aujourd’hui, plus de la moitié des cédants de PME ont moins de 55 ans dans un marché de cession-transmission d’entreprises à deux vitesses. Ce phénomène s’explique par trois phénomènes majeurs : de nouveaux acteurs, le déclin des transmissions d’entreprises familiales, les logiques de concentration d’entreprise.

Les nouveaux acteurs du marché de la cession-transmission

D’après l’étude BPCE de 2013, 54 % des cédants ont moins de 55 ans et 30 % ont moins de 50 ans. La retraite n’est donc plus l’échéance motivant le processus de transmission d’entreprise. De fait, aujourd’hui, le marché connaît deux types de profils d’entrepreneurs cédants :

  • Les générations d’avant 1960 (baby-boomers nés entre 1944 et 1960) qui sont dans un lien presque fusionnel avec leur entreprise.
  • Les personnes nées à partir de 1960 qui, pour la plupart, attachent plus d’importance à leur carrière qu’à l’avenir de leur entreprise.

Les papy-boomers nés avant 1960

La part des dirigeants de PME âgés de 60 ans augmente, passant de 12,8 % en 2004 à 17,7 % en 2010*. La Banque de France notait en 2014 que 21 % des dirigeants avaient plus de 65 ans et 11 % plus de 70 ans. Si, effectivement des sujets complexes entourent la cession-transmission d’entreprise – finance, fiscalité, juridique, dégradation des bilans du fait des difficultés économiques —, bien souvent, ces difficultés sont de fausses excuses pour retarder au maximum la cession. En effet, les papy-boomers ont énormément de mal à franchir le cap de la cession.

Comme viscéralement attachés à leurs entreprises, ces dirigeants âgés, toujours en activité alors que de nombreux Français sont encore en retraite, ont « des difficultés à lâcher prise ».**

Kittel ajoute : « la transmission de l’entreprise est marquée chez le dirigeant par une grande ambiguïté et un important conflit psychique. D’un côté, l’envie de passer la main (survie de l’entreprise, maintien des emplois, réalisation de plus-values) et de l’autre le souhait de rester aux commandes...»***

Mais, pendant ce temps, la création de valeur de l’entreprise s’effrite, le matériel vieillit par manque d’investissement et d’horizon que peuvent toutefois apporter de nouveaux modèles d’affaires comme celui d’Equiteasy.

Les entrepreneurs nés après 1960

Selon leurs objectifs, on les appelle tantôt « serial-repreneurs », tantôt « primo-repreneurs ».

Les premiers bousculent les codes, cultivent le désir de vivre plusieurs vies professionnelles, plusieurs expériences entrepreneuriales. Ils achètent et cèdent leur activité pour une autre dès qu’une opportunité se présente, dès que la routine s’installe, car ce qui les anime avant tout c’est le goût du challenge.

Les seconds, âgés de 37 à 57 ans et représentant 7 % des acquéreurs finaux des PME françaises, sont essentiellement d’anciens cadres dirigeants qui rêvent de trouver la pépite à crédit ; une pépite qui leur permettrait de grader le même train de vie.

« Selon une enquête de Grazzani, Boisin et Albanet (Université de Grenoble) menée en 2014 sur 105 candidats cédants en phase de transmission d’entreprise, 22 avaient le profil psychologique du serial entrepreneur, 49 le profil du dirigeant sociétal, 19 celui de l’entrepreneur en échec, 15 le dirigeant en attente de changement. »  « Serial-repreneurs » et « primo-repreneurs » sont donc le vivier de la transmission-cession des PME en France qui connaît une augmentation croissante depuis 2005 passant de 8747 à 11 127 opérations en 2013, selon les chiffres de l’étude de Victor-Emmanuel Minot. Et, 54 % des cessions de PME sont le fait de dirigeants qui avaient moins de 55 ans, et 30 %, moins de 50 ans (Observatoire BPCE 2013).

Le déclin des transmissions familiales au profit des cessions dites ‘au tiers’

Comme l’indique le baromètre Epsilon Research et le CNCFA de 2013, les chefs d’entreprise de 50 ans, ayant anticipé une cession de leur entreprise, envisagent plutôt des solutions externes. En effet, l’un des aspects les plus bloquants, sans doute pour les papy-boomers, outre l’effet psychologique est l’aspect fiscal de la transmission d’entreprise, très fortement fiscalisée jusqu’en 2003 et ayant découragé de nombreux héritiers à prendre la suite.

L’Etat a donc une grande part de responsabilité dans la situation actuelle, dans la mesure où la mise en place en 2011 de plus-values sur les titres de sociétés explique, en partie, la décision pour de nombreux dirigeants de repousser la cession de leur entreprise. D’autres ont fait le choix des holdings afin de faciliter les transmissions d’entreprises dans le cadre du pacte Dutreil. Les rapprochements entre entreprises dans des logiques de concentration ont aussi évité l’impôt sur les plus-values lors de la vente d’un actif.

Ainsi, la part des reprises de TPE/PME par d’autres PME dans les opérations de transmission-cession est passée de 5 % en 1997 à 25 % en 2003. En 2010, 52 % des PME appartenaient à un groupe contre 21 % en 1997. En 2011, 34 % des cessions transmissions d’entreprises étaient réalisées à travers des holdings, et ce, sans que les cédants soient dans un processus de départ à la retraite et de retrait de la vie active.

Pour conclure, toutes les études démontrent que, contrairement à la logique démographique, les papy-boomers ne sont pas les moteurs dans les opérations de cessions-transmissions des entreprises. En revanche, le profil des cédants d’entreprise laisse place à une inquiétude grandissante quant au déclin des transmissions familiales. Elle a d’ailleurs fait l’objet d’un rapport Favoriser la transmission d’entreprise en France : Diagnostic et propositions remis en 2015 à Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique, par la députée de l’Hérault Fanny Dombre-Coste. En effet, les « serial-repreneur », comme les « primo-repreneurs », plutôt urbains, privilégient les PME/ETI et ont peu d’appétence pour les TPE, parfois situées dans des territoires éloignés des métropoles urbaines, et dont les niveaux de rentabilité sont insuffisants au regard de leurs besoins financiers. Un déséquilibre fort entre offre et demande commence donc à se creuser, à moins que les acteurs de l’intermédiation ne parviennent à jouer un rôle de régulation…

*Etude KPMG, CGPME, Panorama de l’évolution des PME depuis 10 ans - 2012

**Boussaguet et Bah - L’entrée dans l’entreprise du repreneur: un processus de socialisation repreneuriale, 2007.

***Kittel - La transmission d’une PME familiale : les processus psychologiques entre le père et son fils, 1996